Fixé d’après Zaouber Turki. 38cm x 58cm

Deux femmes sont assises dans une petite pièce, la plus âgée maquille de henné les ongles de la plus jeune, l’autre main se camoufle dans une poche de la robe. Tant leurs regards sont attentifs, c’est sûr qu’elles vivent l’une et l’autre ce qu’il y a de plus important au monde qui, hors d’ici, s’est arrêté. Le volet de la petite fenêtre est fermé, la robe orange de la jeune femme illumine les carreaux verts des murs et du sol.

Ce fixé sous verre s’inspire très directement d’un dessin de Zoubeir Turki, un peintre tunisien contemporain qui a beaucoup dessiné ses compatriotes Tunisois dans des scènes traditionnelles devenues rares.

Le henné. Dessin de Zoubeir Turki

C’est une mise en couleur — somptueuse et, bien sûr, inversée — du dessin de Turki. Mais ce qui devrait être point central du tableau —les mains et leurs ongles teints de henné— est éclipsé. Les ongles des gros orteils des pieds qui dépassent de la table à maquillage attirent l’œil de leur rouge profond et ce qui était équilibre entre les deux femmes dans le dessin donne grande place au corps de la plus jeune, du haut de ses cheveux bruns, sa robe orange, la poche où se cache la mystérieuse main et ces deux lumineux points rouges qui clôturent l’espace des corps.

En Afrique, deux pays ont fait spécialité de fixés sous verre, le Sénégal, pays des suwer, et la Tunisie. Les peintres de fixés y sont des dessinateurs et coloristes virtuoses. En Tunisie, les thèmes traditionnels sont des portraits de guerriers, des natures mortes, des paysages et l’évocation du voyage nocturne du prophète au paradis. Bien sûr, le prophète n’est pas portraituré, seule al-burāq, la jument ailée qui l’a emmené au paradis à partir du rocher de Jérusalem et ramené sur terre est représentée, souvent rehaussée de riches reliefs argentés.

Al Bourak. Anonyme. ca 1910. Coll. Sophie Bessis


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